What about my feelings?

J'écrirai tout ce qui me passe par la tête.

16 oct. 2013

Salut Nicolas!

On s'connait pas symétriquement.

J'ai suivi p45 sur la fin, projet renouveau (sic) à partir du 3, avec un détour avec La juste part. Je viens de construire ta persona, parce que je viens de me taper « (...) hypermodernité (...) ». Or, il y a un peu plus de deux ans, j'étais en peine d'amour asymétrique et j'avais perdu mon père. À ces sentiments partagés s'ajoute le malaise commun d'Amérique, cette espèce de syndrome mélancolique basal formé d'un mélange d'égocentrisme menant à la médiatisation de soi, à la surconsommation d'en masse de produits culturels, à l'abîme du rêve, à la tentation de l'intertextualité et du second degré ainsi qu'à la recherche du bonheur à tout prix. À soustraire de mon essence les influences de notre époque, je sais pas trop ce qui en resterait et ça m'effraie pas mal. Bref, je me suis sentie interpelée.

Ces temps-ci, en peine d'amour (bis), j'arrive nullement à me consacrer à l'utile et au nécessaire, alors je lis et j'écris beaucoup. Faut pas se confondre sur mes objectifs : c'est un exercice littéraire maladroitement écrit et socialement inadapté, mais certainement inoffensif et probablement sans conséquences désastreuses. J'me suis dit que si certains Martèlent de lettres Harper pour s'amuser à le cultiver, j'pouvais bien tendre une perche à un auteur. Vois-y un hommage, une fantaisie, une invitation ou une carte de visite et si ça goûte le pasti[che], c'est sans amertume, mais plutôt par communauté d'esprits et par styles analogues. Faire lumière sur sa vie implique que se moi (sic), pronoms réciproques, réfléchit dans l'optique de se voir reflété, l'altérité de la deuxième personne n'étant que le prisme pour faire di[sp]ersion d'être ce qu'on ne veut pas. Bref, ce que tu vois ici s'inscrit dans une réflexion plus large sur mes réfractions présentes et puis plus simplement une réaction face à ta lecture. Dit plus directement, ben c'est tout bonnement un commentaire au narcissisme et à la scénographie assumés qui m'sert à surmonter mes difficultés. Cela dit, je serais des plus heureuses si tu y réagissais.

1. Sur l'aire du temps (sic), l'approche qualitative

a. Les discours qu'on reproduit sans y penser

Je le disais plus tôt, je souffre car il m'est difficile de me considérer autrement que comme le produit de notre temps. Et c'est pas nouveau chez moi. Par exemple, en 2002, à 16 ans, j'avais écrit pour l'école une nouvelle où les thèmes de la mise en scène de soi, de la tromperie des apparences, du cynisme envers l'État et les institutions transparaissaient. Pour résumer l'histoire, deux policiers avaient feint leur mort, afin que la Mafia arrête d'être sur le qui-vive et poursuive ses activités habituelles. Les Italiens (on n'invente pas la roue), se doutant bien du subterfuge, ont eux-mêmes enquêté sur les agents et ont découvert qu'ils avaient fraudé le fisc. Du coup, le crime organisé a dénoncé les limiers et tout ce beau monde s'est retrouvé sous les verrous. (D'ailleurs, ladite nouvelle, ambitieuse, érudite et un peu obscure ;), se trouve encore : http://aslvolaille.blogspot.ca/.) Il y en a eu d'autres, mais je vais tenter d'être concise (!!). Disons simplement que là où plusieurs pourraient y voir l'imagination débordante que j'avais, je conçois également et bien humblement que j'avais grappillé ce qui flottait dans l'aire spatio-temporelle : il n'y avait rien de très novateur dans mes idées, je ne faisais que m'amuser avec des discours populaires. Ce que je reproduisais, les artéfacts qui en furent engendrés, se consumait en un feu d'artifices, fidèle au spectacle (le spectacle de Debord; j'y reviendrai). Et c'est de cette culture, qui se résume à peu, que s'étend ma déconfiture. C'est un paradoxe qui m'éprouve encore aujourd'hui : plusieurs discours présents dans l'espace public ne me conviennent pas, pourtant, je les utilise abondamment car je ne suis pas assez outillée pour être véritablement subversive.

b. Synchronicité synchronique

Je te lisais et je me lisais. Bien sûr, si on étudiait le sujet, on pourrait aisément démontrer que le deuil, l'amour ou les illusions, communs, se produisent statistiquement significativement fréquemment. Mais voilà, c'est toi qui m'a parlé aujourd'hui, c'est pourquoi je te réponds maintenant.

I. Caverne ombragée

En 2001, à 15 ans (faut excuser ces anecdotes), mon école secondaire avait organisé une sortie au salon Pepsi jeunesse, une espèce de grosse foire commerciale destinée aux adolescents. Dans l'autobus scolaire m'y menant, j'avais fini la lecture de 99 francs (Oui.). Arrivée là-bas, j'ai vu des compagnies de beauté vendre des crèmes hydratantes à des filles de 12 ans et affirmer qu'il fallait se mettre à l'antiride dès 20 ans, sinon nous allions être laides, quand nous serions vieilles. J'avais alors la fleur de peau hypersensibilisée. Ç'en était trop, un conflit cognitif a émergé : je n'arrivais plus à jouir de l'instant présent. Les kiosques, les groupes de musique « rock », l'éclairage tapageur : c'était vrai que c'était faux. Dans ton roman, tu le nommes bruit, le qualifie d'hypermodernité, j'en ai vu appeler ça réalité augmentée (lu il y a un bout de temps, ça m'a marquée : http://www.maison-page.net/Augm.html) je pense que Debord parle de spectacle. (D'ailleurs, si vous vouliez vulgariser dans Nouveau Projet La Société du spectacle, dont je n'ai jamais totalement saisi les idées, ça serait une autre chose qui me rendrait heureuse.) De ce que j'en comprends, il s'agit de la redéfinition des rapports sociaux, modifiés par le capitalisme. L'acte d'acheter demande, en effet, au départ, de se représenter la valeur d'une chose (une petite table en mélamine, à monter soi-même, ça doit bien valoir 200$, non?), sans avoir à prendre conscience de sa valeur « réelle » (on le sait : écologique, logistique, sociale, environnementale, etc.). En outre, l'acte d'achat, banal, occulte les rapports de domination qui le sous-tendent. La marchandisation, d'abord des biens, s'imprime dans nos esprits pour être reprise dans nos rapports sociaux, où on médiatise notre image, s'enfermant dans notre propre représentation (http://www.aline-louangvannasy.org/article-explication-de-texte-la-societe-du-spectacle-guy-debord-fiche-methodique-112899447.html). J'en parlerai dans les prochains paragraphes.

II.

Restants coupés
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La forme est lourde et fumeuse, le fond est sincère, bien que subjectivement narcissique (zut). On s'entend, j'espère : j'peux bien m'amuser à t'inventer, mais je peux difficilement feindre de te connaitre quand on s'connait pas. Du reste, si j'en fais trop, c'est que je crains réellement de paraitre idiote ou inculte. D'ailleurs, j'avais dit ça autrement avant, je le copie-colle justement parce que j'en aime bien le style, que j'plogue un auteur connu, pis parce que tu peux pas m'avoir lue auparavant :

« Je connais vaguement le concept de spectacle de Debord, j'ai commencé à lire l'auteur, j'avais oublié. Abstrait, le discours philosophique qui se suffit à lui-même, bref cette forme nuit au fond; mais peut-être est-ce une représentation du spectacle. Ou le style est spectacle et son abstraction permet de toucher l'essentiel. Je ne sais trop.

Mon cynisme face au spectacle devient moins grand, la rébellion s'estompant. Je me résigne. Le cynisme et la déception doivent être spectaculaires. Du moins, ils sonnent aussi faux que mes artifices et mes artéfacts. Vous remarquerez toujours ce désir d'impressionner, seulement présent à cause d'une faible estime du sujet. Ah! »


Tu peux supprimer, répondre, ignorer, me bloquer, m'inviter à écrire davantage, etc.

Il y en a eu d'autres, comme cette fois où, à 15 ans, j'avais écrit dans un camp de jour une histoire pour enfants (les pauvres) où un éléphanteau, sans ressources et égaré dans une usine, avait été expédié par erreur à l'autre bout du monde. La télé avait accepté de payer pour le billet de retour en Afrique pour autant que les retrouvailles avec ses parents soient filmées et diffusées. Si on y pense bien, dans ce dernier récit, y'a cette idée de la marchandisation de tout et de la surmédiatisation. Mais bon, dans les deux cas, là où plusieurs pourraient y voir l'imagination débordante que j'avais, je conçois également et bien humblement que j'avais grappillé ce qui flottait dans l'aire spatio-temporelle : il n'y avait rien de très novateur dans mes idées, je ne faisais que m'amuser avec des discours populaires. Et c'est de cette culture que s'étend ma déconfiture. C'est un paradoxe qui m'éprouve encore aujourd'hui: plusieurs discours présents dans l'espace public ne me conviennent pas, pourtant, je les utilise abondamment car je ne suis pas assez outillée pour être véritablement subversive.

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