Ça faisait un bout que je voulais m'enfermer dans ma bulle.
Guillaume est arrivé. J'ai fermé brusquement le haut-parleur qui criait du Britney qui comptait jusqu'à trois. J'oserai jamais dire que j'aime les pop; que les artifices sont tellement grotesques qu'ils fascinent. Pis que je suis crissement banale, dans l'fond.
Guillaume est venu nous libérer de notre montagne de déchets. J'ai sorti les ordures avec mes pantoufles de MEC - les si-chaudes en duvet.
T'as beau être végétarienne, le caneton, c'est chaud.
Guillaume a ramené des films. Il est allé chez la Grande. Il est content, parce qu'il semble qu'ils aient renouvelé leur collection en Criterion. Il m'a parlé d'un réalisateur français au nom anglo qui a fait un film culte mais qui est trop court. Il l'a loué. Y sait pas s'il va le regarder ce soir ou non. Il disait ça en ramassant les bouts de papier du trop-plein de la récup tombés par terre. J'ai fait semblant de l'aider; l'espace est devenu restreint, j'ai simplement profité de la converse facile.
Je voulais profiter du coloc. Je voulais profiter de l'humain. Mais je voulais m'isoler.
J'ai peur qu'à cette seconde, ça ne soit plus la compo mais la compo. Je sais - je savais que dans l'environnement je pouvais avoir la tique, j'aurais pu être piquée par l'écrit. J'avais qu'à me forcer, à sonder la sphère.
Je suis sortie, gros kanuk rouge. Je suis allée porter le Harry loué pour les petits, pas remis par temps et par paresse. Dette : 28$.
L'avant-veille j'étais allée portée trois films à la boîte noire. Dette : 60$.
Puis aujourd'hui j'ai réglé autre chose. Dette : 33$
Je devrais apprendre à courir après les temps. Je suis pas assez gratte-cenne.
J'ai manoeuvré contre l'humain, contre la terre. Deuxième coupe, mon plein de sucre, des calories jetables. Du mocaccino, un biscuit chocolaté, un autre truc lourd, trop sucré, qui ferait probablement honte aux Anglais qui boivent du thé. Anyway.
22:24 : Le gars à côté de moi rouspète; je tape trop fort.
J'ai avalé mon butin à l'arrêt d'autobus - ça fait plus bohème, ça fait plus minable.
22:26 : Le gars à côté qui s'essouffle, je tape trop fort.
J'ai attrapé la 535. Un Chinois souriant. Je les embête. Ils paraissent naïfs, perdus. Sont super combatifs, très compétitifs. Ils profitent de l'empathie naturelle pour nous faire croire qu'ils sont désemparés, qu'ils ont besoin d'aide. Si ça se trouve, il est plus intelligent que moi et il va devenir médecin. Je l'emmerde. La Cave.
Quand j'ai pu, j'ai pris le siège au fond, dans le coin. C'est ma place à moi.
22:30 : Une fille chantonne derrière moi, par dessus son baladeur. Le gars qui tousse écoute de la musique dans des écouteurs. Je vois pas pourquoi mon tapage lui tape.
Sur la ligne verte, un gars indé s'est assis en face de moi. Je l'ai dévisagé à quelques reprises. Il m'a souri. C'est gentil.
Ce type avec des côtes d'ouate, sans graisse plein d'os, les lunettes carrées qui font in et contre-culture. Oui, oui, je suis sûre qu'il lit plein de romans et qu'il étudie à la luque ou à la gille.
J'ai cherché la cote à la Grande. Monté au premier. C843.6 R2213. Il est dans la collection nationale, qu'on m'a dit. Après les portes de verre.
C'est intimidant. On prend notre nom. On demande un numéro. On donne un cadenas.
J'ai monté au troisième. C'était au deuxième.
J'ai trouvé. Je trouve pas le tome 2. Je vais commencer par l'autre.
Je voulais lire comme une recluse. J'ai cherché un fauteuil. Y'en a pas. Je me voyais pas en face d'une table, près des étudiants. Finalement j'ai piqué un tambourinet pour les nains qui veulent atteindre les hauts échelons. Sans crier gare, j'ai percuté mon gros cul dessus, sans trop de bruit, une partition qui rythme mal mon isoloir. Je me suis installée dans les documentaires, le dos contre le mur pessimiste, entre les bovins et l'arthrite.
Je me suis bien gardée de transmettre mes coordonnées géographiques. Une fois, une noire préposée en violet (c'est si in et tout à fait hot sur du brun) est passée déposer des livres dans la section des bulbes. J'ai bien caché mes genoux, j'ai feint de pas être une obèse dans un coin de biblio. Ça a marché. Je voulais pas qu'on dénonce ma cachette. Je voulais pas qu'on annonce la mitraillette.
Par contre, pour bien marquer mon territoire, j'ai dessiné la mélamine noire de mon gras de doigt. J'ai écrit quelque chose comme jeune, le premier mot en tête. Je suis jeune - mais trop vieille, vraiment.
Le con, le sale. J'étais phoking arrogante. Il m'a laissé le loisir de mieux écrire que lui, quand je lui en ai envoyé. Mais il écrit sans fois mieux que moi. Ou il est vraiment abusé.
Au hasard des pages, j'ai laissé mon esprit vagabonder. À force de lire, j'ai erré ailleurs, j'ai pensé à ce que j'aurais pu transmettre, apporter.
Une heure ou deux plus tard, j'ai agi. J'ai descendu au premier. J'ai retrouvé un fauteuil. Personne dans la rangée. Ça prend des salles gardées pour ça.
Je me suis assise en face d'une table sur laquelle était déposée deux livres sur le Yi King. Ou autre chose. Bref, des livres sur le tarot binôme chinois. J'ai pris une page au hasard, pour voir ma destinée. On dit que si je veux me rapprocher d'une personne de laisser du temps, il peut agir. Ou sinon, que je devrais peut-être pas tenter l'expérience.
Deux secondes avant, je fantasmais sur des échanges épistolaires. J'envisageais encore une façon de l'apporter. J'abordais l'idée, mettons.
J'ai poursuivi ma lecture. Une cinquantaine de pages. Pas plus. Je rêvassais beaucoup. Ça m'a donné envie d'écrire. Le résultat est las. La fatigue mais la contemplation : j'avais pas réussi une écriture automatique depuis le ... sais pas. C'est bien. Je lui dirai, un jour qu'il répondra rien.
Guillaume est arrivé. J'ai fermé brusquement le haut-parleur qui criait du Britney qui comptait jusqu'à trois. J'oserai jamais dire que j'aime les pop; que les artifices sont tellement grotesques qu'ils fascinent. Pis que je suis crissement banale, dans l'fond.
Guillaume est venu nous libérer de notre montagne de déchets. J'ai sorti les ordures avec mes pantoufles de MEC - les si-chaudes en duvet.
T'as beau être végétarienne, le caneton, c'est chaud.
Guillaume a ramené des films. Il est allé chez la Grande. Il est content, parce qu'il semble qu'ils aient renouvelé leur collection en Criterion. Il m'a parlé d'un réalisateur français au nom anglo qui a fait un film culte mais qui est trop court. Il l'a loué. Y sait pas s'il va le regarder ce soir ou non. Il disait ça en ramassant les bouts de papier du trop-plein de la récup tombés par terre. J'ai fait semblant de l'aider; l'espace est devenu restreint, j'ai simplement profité de la converse facile.
Je voulais profiter du coloc. Je voulais profiter de l'humain. Mais je voulais m'isoler.
J'ai peur qu'à cette seconde, ça ne soit plus la compo mais la compo. Je sais - je savais que dans l'environnement je pouvais avoir la tique, j'aurais pu être piquée par l'écrit. J'avais qu'à me forcer, à sonder la sphère.
Je suis sortie, gros kanuk rouge. Je suis allée porter le Harry loué pour les petits, pas remis par temps et par paresse. Dette : 28$.
L'avant-veille j'étais allée portée trois films à la boîte noire. Dette : 60$.
Puis aujourd'hui j'ai réglé autre chose. Dette : 33$
Je devrais apprendre à courir après les temps. Je suis pas assez gratte-cenne.
J'ai manoeuvré contre l'humain, contre la terre. Deuxième coupe, mon plein de sucre, des calories jetables. Du mocaccino, un biscuit chocolaté, un autre truc lourd, trop sucré, qui ferait probablement honte aux Anglais qui boivent du thé. Anyway.
22:24 : Le gars à côté de moi rouspète; je tape trop fort.
J'ai avalé mon butin à l'arrêt d'autobus - ça fait plus bohème, ça fait plus minable.
22:26 : Le gars à côté qui s'essouffle, je tape trop fort.
J'ai attrapé la 535. Un Chinois souriant. Je les embête. Ils paraissent naïfs, perdus. Sont super combatifs, très compétitifs. Ils profitent de l'empathie naturelle pour nous faire croire qu'ils sont désemparés, qu'ils ont besoin d'aide. Si ça se trouve, il est plus intelligent que moi et il va devenir médecin. Je l'emmerde. La Cave.
Quand j'ai pu, j'ai pris le siège au fond, dans le coin. C'est ma place à moi.
22:30 : Une fille chantonne derrière moi, par dessus son baladeur. Le gars qui tousse écoute de la musique dans des écouteurs. Je vois pas pourquoi mon tapage lui tape.
Sur la ligne verte, un gars indé s'est assis en face de moi. Je l'ai dévisagé à quelques reprises. Il m'a souri. C'est gentil.
Ce type avec des côtes d'ouate, sans graisse plein d'os, les lunettes carrées qui font in et contre-culture. Oui, oui, je suis sûre qu'il lit plein de romans et qu'il étudie à la luque ou à la gille.
J'ai cherché la cote à la Grande. Monté au premier. C843.6 R2213. Il est dans la collection nationale, qu'on m'a dit. Après les portes de verre.
C'est intimidant. On prend notre nom. On demande un numéro. On donne un cadenas.
J'ai monté au troisième. C'était au deuxième.
J'ai trouvé. Je trouve pas le tome 2. Je vais commencer par l'autre.
Je voulais lire comme une recluse. J'ai cherché un fauteuil. Y'en a pas. Je me voyais pas en face d'une table, près des étudiants. Finalement j'ai piqué un tambourinet pour les nains qui veulent atteindre les hauts échelons. Sans crier gare, j'ai percuté mon gros cul dessus, sans trop de bruit, une partition qui rythme mal mon isoloir. Je me suis installée dans les documentaires, le dos contre le mur pessimiste, entre les bovins et l'arthrite.
Je me suis bien gardée de transmettre mes coordonnées géographiques. Une fois, une noire préposée en violet (c'est si in et tout à fait hot sur du brun) est passée déposer des livres dans la section des bulbes. J'ai bien caché mes genoux, j'ai feint de pas être une obèse dans un coin de biblio. Ça a marché. Je voulais pas qu'on dénonce ma cachette. Je voulais pas qu'on annonce la mitraillette.
Par contre, pour bien marquer mon territoire, j'ai dessiné la mélamine noire de mon gras de doigt. J'ai écrit quelque chose comme jeune, le premier mot en tête. Je suis jeune - mais trop vieille, vraiment.
Le con, le sale. J'étais phoking arrogante. Il m'a laissé le loisir de mieux écrire que lui, quand je lui en ai envoyé. Mais il écrit sans fois mieux que moi. Ou il est vraiment abusé.
Au hasard des pages, j'ai laissé mon esprit vagabonder. À force de lire, j'ai erré ailleurs, j'ai pensé à ce que j'aurais pu transmettre, apporter.
Une heure ou deux plus tard, j'ai agi. J'ai descendu au premier. J'ai retrouvé un fauteuil. Personne dans la rangée. Ça prend des salles gardées pour ça.
Je me suis assise en face d'une table sur laquelle était déposée deux livres sur le Yi King. Ou autre chose. Bref, des livres sur le tarot binôme chinois. J'ai pris une page au hasard, pour voir ma destinée. On dit que si je veux me rapprocher d'une personne de laisser du temps, il peut agir. Ou sinon, que je devrais peut-être pas tenter l'expérience.
Deux secondes avant, je fantasmais sur des échanges épistolaires. J'envisageais encore une façon de l'apporter. J'abordais l'idée, mettons.
J'ai poursuivi ma lecture. Une cinquantaine de pages. Pas plus. Je rêvassais beaucoup. Ça m'a donné envie d'écrire. Le résultat est las. La fatigue mais la contemplation : j'avais pas réussi une écriture automatique depuis le ... sais pas. C'est bien. Je lui dirai, un jour qu'il répondra rien.


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